Travail, territoire, environnement… L’extraction minière, un enjeu d’actualité

  • Post category:Actualité

L’extraction minière, des problématiques nouvelles

C’est l’une des plus anciennes activités humaines, et elle s’est trouvée au cœur de toutes les transformations productives de l’antiquité à la Révolution industrielle. Aujourd’hui encore, nombre des objets que nous utilisons au quotidien, du plus simple verre aux technologies les plus pointues, ont pour origine l’extraction d’un ou de plusieurs minerais.

L’extraction minière revêt une nouvelle importance alors qu’une véritable transition énergétique devient chaque jour plus indispensable (l’été caniculaire que nous venons de traverser en est une nouvelle preuve…). Si des stratégies permettent de limiter l’usage de terres rares comme le lithium (écoconception, recyclage…), on ne peut faire l’impasse sur les conséquences environnementales et sociales de leur extraction. La question n’est donc pas : « Faut-il extraire ? », mais « Comment ? ».

Et elle est d’autant plus cruciale dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, alors que plus de la moitié des pays du globe dépendent d’une poignée de producteurs pour leur approvisionnement en minerais – et notamment la Chine. Comme toute industrie, l’extraction minière est donc un enjeu de souveraineté.

Une planification indispensable

Une mine ne produit pas dans le vide, elle s’inscrit à la fois dans un territoire et une filière. Il est nécessaire d’organiser l’ensemble de la chaîne de valeur : d’où viendront les matériels et consommables nécessaires à son fonctionnement ? Quelles industries utiliseront les minerais produits ?

Le bon fonctionnement de l’industrie nécessitera des infrastructures efficaces sur le territoire : logistique (fret ferroviaire pour les longues distances, transport routier pour les derniers kilomètres), énergie, fluides (eau, gaz), ce qui implique un développement territorial intégré et planifié.

La réindustrialisation doit profiter aux habitant·es. Attirer du capital étranger pour implanter quelques usines très technologisées, peu demandeuses en main-d’œuvre, avec parfois l’importation de personnel hautement qualifié, ne permet pas au territoire de bénéficier de cette implantation. Il faut au contraire des emplois locaux, ce qui implique des services publics de qualité pour les populations (santé, éducation, transports…), des infrastructures adaptées (logements…) et également la planification d’une véritable politique de formation professionnelle : pas d’industrie sans service public !

La fin de l’activité doit également être anticipée : une mine qui ferme représente des milliers de suppressions d’emplois (directs et indirects), voire mener à l’effondrement de territoires entiers. La quantité de minerai disponible n’étant pas infinie, il faut planifier en amont les mesures à mettre en place (transformation de l’activité, reconversions professionnelles…) pour ne pas se retrouver au pied du mur le moment venu, et éviter une crise sociale et économique sur le territoire.

Sans compter les impacts environnementaux : l’extraction minière n’est pas sans effet sur les sols, peut développer des pollutions pathogènes, et la fin de l’activité ne signifie pas la fin des impacts négatifs sur l’environnement. Les processus de dépollution et de réhabilitation doivent également être planifiés.

Il est donc indispensable de mettre en place une politique industrielle pilotée par l’État, débattue et décidée démocratiquement, avec une vision de long terme (par exemple une loi pluriannuelle de financement des infrastructures), et un véritable objectif d’intérêt général.

Transparence et démocratie : conditions sine qua non

La mise en œuvre d’une industrie minière ne doit pas être une nouvelle ruée vers les profits. Le capitalisme vertueux est une utopie ; l’industrie minière peut avoir des effets graves sur l’environnement et la santé des riverain·es et des travailleur·ses, amplifiés par la course effrénée aux bénéfices. Il est donc indispensable de mettre en œuvre des normes contraignantes, de créer des espaces de démocratie citoyenne, de mener jusqu’à leur terme les consultations des représentant·es des salarié·es, de les prendre en compte et de mettre en place de véritables contre-pouvoirs syndicaux.

Dans les entreprises : il faut redonner toute leur place aux comités sociaux et économiques (CSE), avec un véritable pouvoir d’intervention sur les décisions stratégiques de l’entreprise. Il faut rétablir les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), seuls à même de garantir la sécurité des travailleur·ses, et leur donner une nouvelle compétence environnementale.

Sur les territoires : lors de l’élaboration de grands projets industriels, il faut mettre en œuvre des commissions de consultation regroupant entreprises, syndicats, pouvoirs publics et citoyen·nes.

Au niveau national : en plus de la politique de planification, il est nécessaire de mettre en œuvre des normes protectrices des travailleur·ses et de l’environnement. Il faut internaliser les externalités, c’est-à-dire chiffrer les impacts industriels positifs et ou négatifs et les monétiser (par la subvention, la taxation…). Les aides publiques doivent donc être conditionnées à des objectifs sociaux, d’emploi ou environnementaux. Sur le plan syndical, si la lutte a permis de gagner un statut des mineur·ses relativement protecteur mais affaibli par le nouveau Code minier, il faut porter de nouvelles revendications pour l’améliorer (la Fédération nationale des mines et de l’énergie travaille actuellement à leur élaboration avec les salarié·es).

Au niveau européen : alors qu’elle parle de souveraineté, de relance industrielle, de décarbonation, l’Union européenne maintient des règles de concurrence qui empêche d’imposer du contenu local, d’aider massivement les industries stratégiques, ou d’exiger une solidarité territoriale. Il faut, à l’échelle européenne :

  • une révision du droit à la concurrence ;
  • la possibilité d’un contenu local obligatoire ;
  • une conditionnalité des aides publiques ;
  • l’anticipation des besoins en compétences et en l’emploi.

Au niveau mondial : la mise en œuvre du devoir de vigilance des multinationales est indispensable. En particulier, il faut établir des mécanismes de contrôle par les syndicats et les citoyen·nes, et ce sur toute la chaîne de sous-traitance. Les syndicats doivent être présents à toutes les tables de négociation mondiales, par exemple les COP.

De manière générale, il faut un syndicalisme organisé, à toutes les échelles. Les grandes avancées sociales naissent toujours lorsque les travailleur·ses imposent un nouveau rapport de force. Nombreux sont les exemples d’entreprises sauvées par la mobilisation, en France, mais également en Géorgie, en Arménie ou encore en Pologne.

Face à une industrie mondialisée, un syndicalisme coordonné à l’échelle internationale est primordial pour gagner des avancées et défendre l’ensemble des travailleur·ses, d’où l’importance d’organisations comme la Confédération européenne des syndicats (CES), la Confédération syndicale internationale (CSI) ou IndustriALL (organisation regroupant 550 fédérations syndicales industrielles à travers le monde).

Focus : le projet Imerys

En 2022, le groupe Imerys a annoncé son intention d’exploiter une mine de lithium sur la commune d’Échassières, dans l’Allier. Ce projet, estimé à 1,5 milliard d’euros d’investissement, vise à produire environ 34 000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an (l’équivalent de la production nécessaire à 700 000 batteries pour véhicules électriques), et à créer près de 1 000 emplois directs. Classé « projet d’intérêt national majeur » par le gouvernement français et figurant parmi les 47 projets stratégiques européens pour l’approvisionnement en métaux et terres rares, ce projet s’inscrit dans une politique française et européenne visant à relancer l’activité minière, à assurer la souveraineté industrielle, et à répondre aux besoins en métaux critiques liés à la transition écologique.

Dès l’annonce du projet, l’UD CGT de l’Allier a exigé une transparence totale sur les aspects environnementaux, sociaux et économiques du dossier, des informations précises sur la nature des emplois annoncés, leur statut et leur durée, et l’organisation d’un débat public sous l’égide de la Commission nationale du débat public. En parallèle, elle a mis en place un groupe de travail regroupant des membres de la direction de l’UD, des camarade issus de différentes professions (mine-énergie, cheminots, santé, poste…) et des militant·es investi·es sur les questions environnementales.

Après une participation active au débat public entre 2023 et 2024, l’UD CGT de l’Allier continue de suivre attentivement l’évolution du projet en participant aux commissions de concertation mises en place par Imerys, et en restant vigilante sur les autorisations administratives et environnementales à venir.

La CGT a exprimé un avis nuancé sur le projet, et porte plusieurs exigences fortes :

  • le respect strict des normes environnementales, notamment sur la gestion de l’eau ;
  • la mise à niveau du transport ferroviaire entre le site d’extraction et le site de conversion ;
  • la transparence totale sur les 1 000 emplois annoncés, leurs statuts et les conditions de travail ;
  • la protection sanitaire des salarié·es susceptibles d’être exposé·es à des produits dangereux ;
  • la mise en place d’une filière de formation adaptée aux métiers liés aux projets.

,

Pour aller plus loin

La CGT a organisé une conférence internationale avec des interventions de syndicalistes de nombreux pays le 10 décembre 2025 à Montluçon (Allier) : « L’extraction minière en France et dans le monde : entre besoins sociaux, enjeux environnementaux et appétits capitalistes ». Témoignages, analyses, débats… pour en apprendre plus sur les enjeux de l’extraction minière, rendez-vous sur le dossier de la conférence !

 

> Cliquer ici pour consulter le dossier <

,